Espace d'un temps

L'espace d'un temps est un blog de lecture à dominante SFFF mais pas que!

Les brigades fantômes

Les brigades fantômes

Un cran en deçà, mais toujours plaisant

Les brigades fantômes est le 2ème tome du cycle du Vieil homme et la guerre de John Scalzi.

Les brigades fantômes s’inscrit dans le même univers que le tome 1. Toutefois, il n’en est pas une suite directe et les protagonistes ne sont pas les mêmes, hormis Jane Sagan (même si plusieurs allusions sont habilement distillées au gré de l’intrigue). Je conseillerai vivement de commencer par le tome 1 (merci du conseil captain obvious !) avant de lire cette critique, car je reprends des concepts phares développés avec brio par Scalzi dans le premier tome.

La trame

Le lebensraum des humains foisonne de races extraterrestres pour la plupart en guerre patente. Le monde est hostile et les différentes races se livrent à une compétition pour survivre, à base d’escarmouches et de razzias dans les colonies peu ou pas défendues. La moindre faiblesse peut engendrer la disparition complète d’une civilisation et, par voie de conséquence, assurer la survie de quelques autres pour un temps… C’est dans ce contexte que les humains luttent avec brio, parfois avec panache! Leurs armes ultimes sont les brigades fantômes justement: les forces spéciales du futur que l’on envoie sur les théâtres d’opérations les plus critiques, là où les forces conventionnelles n’ont ni la volonté, ni la capacité d’aller.

Le récit s’ouvre d’ailleurs sur une opération de rapt à l’encontre d’un scientifique Rraey (une des races les plus menaçantes pour les humains, déjà présente dans le tome 1, et pour cause !). Une fois capturé, celui-ci livre des informations particulièrement alarmantes quant à la survie des humains… Difficile d’en dire plus sans s’exposer à un spoil irrespectueux.

Cogito ergo sum ?

Quelle est donc la particularité des brigades fantômes, le thème central du bouquin ? Ce sont des soldats créés dans l’unique but de servir. Comme on le devine déjà dans le tome 1, elles sont créées à partir d’ADN des “vrais – nés” (les humains classiques), auxquelles on ajoute l’Amicerveau et le Sangmalin. Leurs capacités physiques et mentales sont aussi décuplées (elles communiquent d’ailleurs la plupart du temps par la pensée, ou plutôt via leur interface neurale d’Amicerveau). Une fois éveillées, elles suivent un entraînement militaire avant d’être affectées à un vaisseau. C’est au cours de cet entraînement initial qu’elles apprennent également, outre les rudiments du métier en matière d’armements, de tactiques, etc., à utiliser l’intégration: le fait que les membres d’ une escouade soit en permanence connectés les uns aux autres permettant à chacun de voir à travers les yeux des autres, de ressentir et d’envoyer des “ping” d’émotions… Bref, de développer une pensée collective, véloce, rassurante, bien utile en situation de combat.

Le personnage principal du récit est Jared Dirac (toutes les forces spéciales sont baptisées avec un nom de scientifique renommé ou de philosophe). On suit son parcours, de son éclosion jusqu’à la fin de l’intrigue. On perçoit son environnement à travers ses yeux et ceux de ses récents compagnons lors des premiers raids.

Très vite, et c’est l’objet principal du livre à mon sens, Scalzi nous interroge, par l’entremise de Jared, sur la conscience au sens de l’égo. Outre la capacité factuelle de transfert de conscience permise par le développement technologique et, au travers duquel les premiers questionnements métaphysiques émergent, l’auteur nous invite à nous questionner sur l’égo, la personnalité. Et ce, pour quelqu’un (à moins que ce ne soit quelque chose ?) qui est naît sans expérience de la vie, sans souvenirs quelconques et auquel on a implanté un Amicerveau sans lui demander son avis (ce n’est pas tout à fait exact: une autre conscience a été intégrée à Jared mais comme je ne souhaite pas trop révéler l’intrigue, j’en dis pas plus). Jared est-il humain ? Qu’est-ce que l’humanité au final dans cet univers plein à craquer de races au moins aussi intelligentes qu’elle (et tout aussi prédatrice) ?

Ce questionnement sur le Moi et sur l’éthique et d’autant plus le bienvenu qu’il est savamment distillé par l’auteur. Il ne s’agit pas d’un traité philosophique, loin de là, mais la pertinence des thèmes et la façon dont ils sont amenés par Scalzi interroge inévitablement et s’inscrivent néanmoins sans rupture dans le ton du récit qui est simple, accessible, presque trivial mais tellement bon !

Mon ressenti

Ainsi, j’ai trouvé les Brigades fantômes plus profond que le tome 1, moins “militariste”, plus introspectif. Bon je tiens à rassurer ceux qui se sentiraient moins intéressé du coup: il s’agit bien de SF à dominante militaire, à variante space opéra où la géopolitique tient une part importante de l’intrigue.

L’énorme point positif pour moi sont les dialogues et le fameux humour déployé par John Scalzi. Quel plaisir de redécouvrir des personnages un brin caricaturaux parfois, mais souvent tellement drôles! D’ailleurs l’humour semble avoir une place particulière pour Jared et constitue même la porte d’entrée sur ses réflexions métaphysiques sur la conscience!

Pour autant, et comme je le disais en introduction, les Brigades fantômes souffre de l’absence de la découverte de l’univers qui avait fait du tome 1 une vraie claque. On reste dans l’univers précédemment créé sans que n’intervienne de changement fondamental. L’aspect plus philosophique ajoute une autre touche, de manière plus prégnante que dans le tome 1. Du coup, je suis curieux de voir comment Scalzi a équilibré tout ça dans le troisième tome, La dernière colonie (chronique à venir). En définitive, Les brigades fantômes est amplement conseillé par votre serviteur!

PS: vous aurez remarqué que j’essaie, autant que faire ce peu, d’éviter de dévoiler des éléments majeurs de l’intrigue. Or, je m’aperçois que c’est clairement de moins en moins le cas des résumés que l’on peut trouver en quatrième de couverture et celui-ci ne fait pas exception. Je comprends bien qu’il faille attirer le chaland et vendre, mais j’estime qu’il doit y avoir un équilibre à trouver, en tout cas, dévoiler un minimum d’éléments tout en suscitant l’intérêt tout en stimulant le potentiel lecteur ne me paraît pas impossible à réaliser, faut juste savoir le faire, c’est tout. C’est dommageable car on perd clairement le plaisir de la découverte au gré de la lecture… Donc, à la limite, pour celui-ci comme pour tous les bouquins finalement, je conseillerai de se passer de la quatrième de couverture si on en a l’opportunité : comprenez si on a l’occasion de découvrir l’œuvre via des chroniques trouvées sur d’autres médias qui ne déflorent pas l’intégralité de l’histoire et qui, accessoirement, éclairent d’un autre regard sur l’œuvre.

Note du bouquin :

Les brigades fantômes, le vieil homme et la guerre
John Scalzi
Milady, Bragelonne
384 pages

Vous pouvez utilement consulter les avis de : Albédo, Nébal,

 

Précédent

Dragon

Suivant

Donne de tes nouvelles! #1

  1. Ah! je suis ravie que tu aies aimé ce tome. C’est vrai qu’on le perçoit un ton en dessous du premier qui bénéficier de l’effet coup de poing découverte. Mais, je le trouve vraiment intéressant avec ces ET et leur… désir profond dirons-nous.

    Quant aux résumes éditeurs je ne peux que partager ton avis ayant plusieurs fois fait la remarque qu’ils spoilent allégrement le chaland, ou le lecteur.

    • Oui, et c’est vraiment regrettable car ça ne sert personne au final; le lecteur lambda perd le plaisir de la découverte (qui est quand même un des points forts de la littérature SFFF, avec ses twists, etc.) et l’afficionado anticipe déjà la fin avant d’avoir commencé…

  2. Moi qui était passé à coté du coté découverte du premier (enfin disons que j’attendais un truc énorme parce que le résumé du livre de l’époque laissait entendre un tout autre type d’intrigue, du coup quand j’ai vu que c’était juste du militaire limite classique j’avais été vraiment super déçu), celui ci a été un coup de cœur à coté.
    Et même maintenant que j’ai terminé la série c’est toujours mon tome préféré.

    J’avais trouvé que les thèmes des “clones”, qui naissent adulte et qui doivent très rapidement trouver un but à leur vie et agir en adulte était vraiment très bien mené et j’avais aussi adoré la fin.

  3. Ce tome m’avait moins emballé aussi, mais pour d’autres raisons : n’étant pas très fan de SF militaire, les manœuvres politiques et militaires m’ont vite lassé. Par contre comme toi j’ai aimé les questions soulevées.

Laisser un commentaire

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :